Edito No. 219 : La (Nouvelle) Comédie ne fait que commencer !

Ils n’étaient pas très nombreux, fin 2009 au Grütli, pour se demander « Comment penser un théâtre pour demain ? », à l’invitation des débats organisés par Genève Active.
La question est pourtant des plus brûlantes, à l’heure où les artistes semblent manquer toujours plus cruellement de lieux, et les institutions genevoises chercher plus avidement à s’ouvrir sur l’indifférente cité de Calvin. Mais après neuf ans (!) de concertations, le futur lieu de rêve paraît tout trouvé.
Cette Nouvelle Comédie, dont le cabinet lauréat Fres Architectes a présenté les plans lors du débat du Grü, a tout d’une petite utopie théâtrale. Un rêve pourtant bien implanté dans la cité, à l’arrivée de la future liaison transfrontalière CEVA aux Eaux-Vives. Amener le théâtre aux gens, puisqu’eux même ont parfois de la peine à en trouver le chemin : voilà l’enjeu. Ouverts sur une large esplanade passante, les quatre grands créneaux de verre du bâtiment se proposent comme un prolongement de l’espace urbain, avec leurs lieux de rencontre et leurs commerces. Autant de rampes séductrices pour écouler les curieux vers les deux salles de spectacle.
Si Michèle Pralong, codirectrice du Grütli, se réjouit parmi d’autres d’une « porosité bienvenue, dans une ville qui a toujours enterré ses théâtres », le projet a pourtant soulevé des débats plutôt nerveux. Le scénographe Gilles Lambert a prudemment fixé un garde-fou au projet d’exhiber l’artisanat théâtral aux passants à travers les cloisons des salles de répétition. Plus virulent, le chorégraphe Gilles Jobin s’inquiète de la possibilité d’affecter à la danse les deux salles du complexe, craignant qu’on « consacre beaucoup d’efforts à des aspects accessoires du bâtiment, mais qu’on se préoccupe peu des usagers ».
Un iatus typique entre l’idéalisme conceptuel des urbanistes et les besoins plus pratiques des principaux intéressés. Bien sûr. Mais c’est omettre que cette Nouvelle Comédie n’a pas grand-chose à voir avec l’ancienne, tant décriée par le « Rapport » Langhoff pour son infrastructure impraticable. Celle-là ressuscite justement les visions kolkhoziennes de l’Allemand. Outre les excellentes dimensions du plateau et la polyvalence de la deuxième salle, le bâtiment réunit autour des scènes tous les corps de métier du théâtre. Mieux encore : les lieux ont été conçus de manière à anticiper les futures révolutions des arts scéniques. Plus qu’un piège à loups pour spectateurs égarés, c’est donc un vrai bel outil de travail.
Ce qui importe évidemment le plus, c’est ce qui se jouera dans la Nouvelle Comédie. Mais pour rêver nouvelles programmations, il faut d’abord le lieu que tous demandent. Or les ergotages internes entre intéressés, qui rappellent d’autres dissensions politiques fatales, sont mal à propos à l’heure où la Ville doit voter un crédit de construction, peut-être soumis au référendum. Les adversaires externes n’auraient alors cure de distinguer entre perfos postdramatiques et relecture des classiques, puisqu’ils doutent déjà souvent que l’art soit une thérapie nécessaire au consommateur. Pour que les plans d’orfèvres de la Nouvelle Comédie ne soient pas balayés en un dimanche par les slogans populistes, rejoignant aux archives Musée d’Ethno et Maison de la danse, il est donc capital de s’unir au plus vite derrière un projet si enthousiasmant !
JL/Scènes Magazine
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